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                      « Le meilleur moment de l'amour, 

                         c'est quand on monte l'escalier. »

                                   (Extrait d'une lettre que Sacha Guitry a écrite

                                    le 10 octobre 1913 à son ami Paul Roulier-Davenel) 

     

    Une cour, un escalier

    Couvert de géranium-lierre,

    Un tout petit banc de pierre,

    Et tout là-haut, un palier...

     

    Elle s'appelait Suzette.

    C'était un mardi, je crois,

    Et pour la première fois,

    Nous allions dans sa chambrette.

     

    Devant mes yeux ébaudis,

    éblouis par sa démarche,

    Elle montait chaque marche

    Conduisant au paradis.

     

    Elle balançait les hanches ;

    Lorsque je levais les yeux

    Je découvrais le précieux

    Trésor de ses cuisses blanches.

     

    Et j'imaginais déjà,

    Mignonne petite chose,

    Son beau corps lascif et rose,

    Nu sur le satin du drap. 

     

    Et qu'elle voulait sans cesse

    Me couvrir de ses baisers

    Passionnés, brûlants, osés

    Me grisant jusqu'à l'ivresse.

     

    Jamais je n'ai raconté

    Comment finit notre idylle :

    De Suzon, le domicile

    était fort mal abrité.

     

    On voyait même la lune

    Par les fentes du plafond,

    Des souris couraient au fond

    D'un pauvre lit de fortune.

     

    L'endroit n'étant pas chauffé,

    Coquin de sort, la coquette,

    Pour éviter la "grippette"

    Ne m'a donné qu'un café !    


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                                              Mieux vaut viser Rimbaud ou La Bruyère

                                              et rester loin derrière

                                              que viser Bordeaux ou Feuillet ou Sartre ou Eugène Sue

                                              et risquer de les atteindre

                                                                                                 Jean d'Ormesson

     

     

    Ghislaine :

     

    Allons, Edgard, voyons ! Fais un effort,

    Huit petits mots ! Est-ce si difficile !

    Moi qui croyais — peut-être avais-je tort —

    Que dans ce jeu, tu serais plus habile !

     

     

    Edgard :

     

    J'ai beau chercher, me torturer l'esprit,

    Et m'incliner longuement sur ma planche ;

    Non ! C'est en vain car je n'ai rien écrit,

    Pas un seul vers, ma feuille reste blanche ! 

    J'ai beau lutter, me battre avec tes mots,

    Contre le sort, sans faiblir, je m'escrime ;

    Ma muse est sourde à mes tristes sanglots

    Et plus jamais ne me souffle une rime.

     

     

    Ghislaine :

     

    Que voudrais-tu ? Que je verse des pleurs ?

    Que je te plaigne ou que je te fustige ?

     

     

    Edgard :

     

    Oh ! ne ris pas surtout de mes malheurs !

    Je fis jadis de la haute voltige ;

    J'ai composé plus d'un alexandrin

    Pour conquérir le cœur des demoiselles,

    Et, bien souvent, les posais dans l'écrin

    Des plis soyeux des robes de dentelles.

     

     

    Ghislaine :

     

    Hé là ! Edgard ! Le passé... c'est passé !

    Pour moi, tu sais que seul l'avenir compte.

    A t'écouter, tu sembles dépassé

    Par le présent ! N'as-tu pas un peu honte ?

     

     

    Edgard :

     

    Oh, j'aimerais t'écrire un madrigal,

    Rien qu'une strophe, et te l'aurais offerte,

    Mes quelques vers, poème bien banal,

    Seraient entrés par ta porte entr'ouverte ;

    Je t'aurais dit : « Tes yeux sont des diamants

    Dont les éclairs éclipsent les étoiles,

    Et ton regard me fait mille serments,

    Tendres aveux de promesses sans voiles.

    Oh ! j'aimerais savoir, rien qu'une fois,

    Peindre les fleurs naissant dans ton sourire

    Et le velours chatoyant de ta voix

    Plus précieux que l'air que je respire. »

    Mais à présent, je suis devenu vieux,

    De l'art du flirt, je n'en ai plus les bases,

    Alors, vois-tu, je pense qu'il est mieux

    De te quitter avant que tu m'embrases !


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    Ce n’est pas un château, plutôt une chaumière, 
    Une façade rose et des volets ocreux, 
    Un petit nid tranquille au bord d’une rivière 
    Dans un endroit désert où l’on peut vivre heureux. 

    Au fond de la cuisine, un bon gros chien sommeille 
    Devant l’âtre, couché, réchauffant son vieux corps. 
    Les meubles sont frottés à la cire d’abeille 
    Et dans le vaisselier, quelque bonne bouteille 
    Est prête pour l’ami quand il fait froid dehors.


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    Le ciel saupoudrait sur Paris une pluie fine et froide, et comme lui, j'étais d'humeur maussade. J'attendais un métro qui n'arrivait pas lorsque j'entendis derrière moi :

    Ciao professore !

    Me retournant, je vis une jeune femme qui me souriait.

    Elle dut lire dans mon regard combien j'étais dérouté par la défaillance de ma mémoire car elle ajouta :

    Venezia, San Marco, Correr... Graziella !

    Il ne me fallut qu'une seconde pour reconnaître en elle la jeune fille qu'autrefois j'avais rencontrée à Venise. Le seul mot qui me vint à l'esprit fut :

    Orfeo...

    Ed Euridice ! répondit-elle en riant.

    Graziella ! Je lui avais donné ce nom en souvenir du roman de Lamartine.

    La première fois que je l'avais vue, c'était au musée Correr. Elle était assise devant Orphée, de Canova, et le croquait. J'étais resté un long moment à la regarder et je ne saurais dire de qui, d'elle ou de l'Eurydice au pied de laquelle elle se trouvait, j'admirais le plus la beauté. Quand elle rangea son bloc et ses crayons, je lui proposai comme une chose toute naturelle de venir prendre un café à la terrasse de l'hôtel San Marco où j'étais descendu. Elle accepta.

    Elle m'expliqua qu'elle étudiait l'histoire de l'art. Comme c'était la première fois que je venais dans la cité des Doges, elle me proposa de jouer les guides pour me faire découvrir SA ville ; les quinze jours qui suivirent furent les plus délicieux de toute mon existence.

    Et voilà que le hasard nous remettait en présence... vingt ans plus tard.

     

    La rame de métro entra dans la station, les voyageurs se précipitaient pour y prendre place. La bousculade, qu'en d'autres temps je n'aimais guère, m'accorda ce jour-là une faveur : un mouvement de foule nous rapprocha, nous obligeant à nous serrer l'un contre l'autre. Quand la cohue cessa, elle ne s'écarta pas. J'ai pris doucement son visage entre mes mains et lui ai            dit : elle avait seize ans ! - Oui, seize ans ! et cet âge

                                                   N'avait jamais brillé sur un front plus charmant !

                                                   Et jamais tout l'éclat de ce brûlant rivage

                                                   Ne s'était réfléchi dans un oeil plus aimant !

                                                    ...

                                                    Que son oeil était pur, et sa lèvre candide !

                                                    Que son ciel inondait son âme de clarté !

                                                   Le beau lac de Némi qu'aucun souffle ne ride

                                                   A moins de transparence et de limpidité !

     

    Et sa voix se mêlant à la mienne :    

     

                                                   Mon image en son coeur se grava la première ;

                                                    Comme dans l'oeil qui s'ouvre, au matin, la lumière ;

                                                   Elle ne regarda plus rien après ce jour ;

                                                   De l'heure qu'elle aima, l'univers fut amour !

     

    Autour de nous, quelques passants s'étonnaient de voir un aussi vieux monsieur étreindre si tendrement, sur un quai, une femme bien plus jeune que lui. Mais nous nous moquions éperdument de leurs qu’en-dira-t-on.

     

    Graziella mia, viens, veux-tu que je te montre comment Psyché fut ranimée par le baiser d'Amour ?

    Je vis alors se dessiner sur ses lèvres  ce même sourire, enjôleur et mystérieux, qui m’avait tant séduit le premier jour à Venise.

     

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    Illustrations : sculptures d'Antonio Canova

    En haut à gauche : Eurydice   (musée Correr à Venise)

    En haut à droite :   Orphée      (musée Correr à Venise)  

    En bas : Psyché ranimée par le Baiser d'Amour  (musée du Louvre à Paris)

     

    Les vers sont extraits du poème Premier Regret d'Alphonse de Lamartine.        

     


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    C’est le temps des moissons, l’été commence à peine,

    Et déjà les épis qui mûrissent en plaine

    Se mettent à craquer, regorgeant de soleil.

     

    Depuis quand n’a-t-on vu pareille canicule ?

    La nature, immobile, attend le crépuscule

    Et semble s’abriter sous un profond sommeil.

     

    Dans un cercle magique, inondé de lumière,

    Un havre de verdure au sein de la forêt,

    Un étang se repose au bord d’une clairière,

    Auprès d’une futaie où rien ne transparaît.

     

    Aucun souffle de vent, seule  une herbe balance

    Quand un gros hanneton vient se poser dessus

    Et même les oiseaux respectent le silence,

    Ils boivent la fraîcheur des grands arbres moussus.

     

    Pourtant des travailleurs passent inaperçus,

    Actifs dans la fournaise avec indifférence,

    Peuple lilliputien des insectes issus

    D’on ne sait quel creuset, d’on ne sait quelle engeance.

     

    Un charançon du trèfle, attentif et discret,

    Évite de passer près de la fourmilière,

    Il s’en va titubant, puis il marque un arrêt,

    Dédaigneux du lézard qui dort sur une pierre.

     

    Le bousier ne sait pas que son sort est pareil

    A celui de Sisyphe : il roule sa pilule

    Dans cet antre putride où l’excrément pullule.

     

    C’est le temps où les blés blondissent au soleil,

    Il faut qu’avant ce soir la grange soit bien pleine,

    L’homme ne peut songer à ménager sa peine. 

     

     

    ___________________________

     

    Sonnet double à rimes palindromiques


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