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    Le ciel et l'océan paraissaient si sereins

    Quand, au loin, elle vit disparaître les voiles,

    Pourtant son cœur saignait, lourd de mille chagrins,

    Puisque tel est le sort des femmes de marins

    Lorsqu'ils quittent le port guidés par les étoiles.

     

    Elle aurait tant aimé le suivre sur les mers

    Pour aller s'assurer que la terre est bien ronde,

    Naviguer avec lui vers d'autres univers,

    Fouler le sable blanc des rivages déserts

    Et faire entre ses bras le tour du vaste monde.

     

    Va-t-il trouver là-bas  un nouveau continent ?

    Découvrir la splendeur de nouveaux paysages ?

    Mais elle fait parfois un rêve consternant,

    Sombre pressentiment qui lui glace le sang :

    Elle ne peut chasser la crainte des naufrages.

     

    Beatriz Enriquez sait que, dorénavant,

    Il faut se raisonner et se montrer plus forte.

    Mais quand l'ombre s'allonge, on peut la voir, souvent,

    S'avancer sur l'estran pour confier au vent

    Les cris de son amour afin qu'il les lui porte.

     

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    Beatriz Enriquez de Arana fut la maîtresse de Christophe Colomb.

    Elle lui a donné un fils, Fernando, en 1488.


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    Oh, je te sens si triste... et j'en sais les raisons,

    Un Don Juan stupide a profané ton rêve,

    D'une fleur trop candide, il a souillé la sève,

    De là, ta méfiance... Ô viles trahisons !

     

    Sache qu'avec le temps, de tout, nous guérissons,

    Que de pareil dommage, un jour on se relève ;

    Sache aussi qu'en secret, je pense à toi sans trêve 

    Et que je peux t'aimer de bien d'autres façons.

     

    Je t'apprendrai l'oubli d'une rancune infâme

    Lorsque tu m'ouvriras les portes de ton âme,

    Alors,  il faut oser, ne jamais avoir peur.

     

    Oui, je t'entourerai de coussins de tendresse

    Enjolivés de mots doux comme une caresse

    Pour toi les enserrer dans l'écrin de ton cœur.

     


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    Phébus s'en est allé, l'hiver revient, Manon,

    Le soleil ne luit plus sur ta belle Provence,

    S'endorment dans leur lit, le Rhône et la Durance,

    La vendange est finie au clos de Pibarnon.

     

    Lorsque je t'emmenais, tu ne disais pas non,

    Courant dans la lavande, on riait à l'avance,

    Le ciel s'illuminait de ta seule présence...

    Nous ne dormirons plus au fond d'un cabanon.

     

    On entendait parfois, au loin, braire un ânon

    Et le chant des cigales emplissait le silence,

    Le doux vent de Mistral nous contait sa romance...

    Mais nous ne verrons plus, des vers, le lumignon.

     

    Non, je ne serai plus ton galant compagnon,

    Demain, je dois partir. Mon Dieu, quelle souffrance !

    Et je crains que mon cœur meure de ton absence ;

    Nous ne danserons plus sur le pont d'Avignon.

     

     

     

     

     


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    Madame, je voudrais vous faire un peu la cour,

    Ne fut-ce qu'un instant, revoir votre sourire

    Quand vous lirez les mots que je vais vous écrire ;

    Acceptez ce présent de votre troubadour.

     

    Voilà déjà longtemps que vous livrez bataille,

    Bien sûr, me direz-vous, vous n'aviez pas le choix

    Oui, mais je sais aussi qu'il arrive parfois

    Que malgré votre ardeur le doute vous assaille.

     

    Avec vous, j'aimerais faire un bout de chemin,

    Je sens votre chagrin, votre peine est palpable,

    Mais de vous soulager, en serais-je capable ?

    Venez, partons tous deux, tenez-moi par la main.

     

    Ce soir, je vous emmène au pays de Ronsard,

    Allons nous promener en forêt de Gastine

    Je vous y cueillerai des bouquets d'églantine

    Et nous nous laisserons guider par le hasard.

     

    Nous longerons les bords du lit de la rivière

    Et nous écouterons le fredon de ses eaux

    Se mêler à celui du doux chant des oiseaux,

    Puis nous rechercherons le frais d'une clairière.

     

    Là, si vous le voulez, nous attendrons la nuit,

    Elle étendra sur nous l'asile de ses voiles,

    Moi, je vous couvrirai de poussières d'étoiles,

    Vous sentirez qu'alors la fatigue s'enfuit.

     

    Non, ne regrettez point d'avoir suivi mes pas !

    N'ayez point de colère. Oh ! ce n'était qu'un rêve,

    Un songe de poète ! Et voilà qu'il s'achève !

    Retournez au travail... mais ne m'oubliez pas.

     


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    Il n'est que 19h30. Ce n'est pas encore l'heure du journal télévisé.

    Pour passer le temps, le vieil homme s'assied devant sa table, sort un jeu de carte du tiroir et commence à l'étaler sur le tapis pour faire une réussite. La réussite, il l'a connue — l'échec aussi parfois —  mais au total, les réussites ont effacés les échecs. Quant aux cartes, il en a manipulées de nombreuses durant son existence : ce furent d'abord les cartes d'état-major quand il était en campagne, puis les cartes du pouvoir lorsqu'il s'est lancé en politique.

     

    Aujourd'hui, les seules cartes qu'il tient encore en main, ce sont celles du jeu de bridge : elles sont devenues ses amies.

    La première carte qu'il retourne, c'est le roi de cœur ; et le roi de cœur, c'est Charles. Charles Ier, plus connu sous le nom de Charlemagne, ou peut-être Charles VII, le roi que Jeanne d'Arc fit couronner. Les avis sont partagés là-dessus. Mais si le vieil homme l'aime particulièrement, ce n'est pas parce que c'est le roi de cœur, non, c'est parce qu'il se prénomme Charles, comme lui.

    Sur le roi rouge, il couche une dame noire : Argine, la dame de trèfle. Le joueur a un léger sourire : le roi de cœur ne peut donc être que Charlemagne puisque Argine était l'une de ses concubines ! Argine, anagramme de Regina, lui a d'ailleurs donné deux garçons, Drogon et Hugues, le premier fut vicaire du Saint-Siège et le second archichancelier de son demi-frère Louis Ier le Pieux.  Étonnant ! Toute l'histoire de France dans les cartes ! Certains y lisent l'avenir, mais elles racontent bien mieux le passé !

    Sur la dame noire, il faudrait un valet rouge. Mais là, la chance ne lui sourit plus: c'est Hogier qui vient. Hogier, ou Otgar, le valet de pique. Otgar de Danemark qui, après avoir été l'un des douze pairs de Charlemagne prit les armes contre lui. Et le vieil homme se souvient que lui aussi a parfois été trahi. Mais Otgar, lui, avait une bonne raison puisque son fils a été tué par un des fils de Charlemagne.

    Pour couvrir la dame de trèfle, il faudrait absolument retourner Lahire ou Hector, les valets de cœur et de carreau. Le vieil homme s'apprête à retourner un nouvelle carte et au moment où il la touche, il ressent une violente douleur. Il se tourne vers sa compagne assise près de lui et dit 'j'ai mal au dos"... et il s'effondre sur ses cartes.

     

    Dans son livre, "OUI. Mais quelle est la question ?", Bernard Pivot s'est beaucoup interrogé sur la nature de cette dernière carte. C'est d'ailleurs sa réflexion  qui m'a inspiré ce petit texte. Et comme Pivot, nous ne saurons jamais qu'elle carte a touché le général De Gaulle juste avant de son départ.

    C'était le 9 novembre 1970, voilà exactement 48 ans.


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