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    Oh ! mon âme, entends-tu monter dans le silence

    La paisible aria que murmure le vent ?

    Sous cette cantilène, un arbre se balance,

    Dandine et dodeline... on le croirait vivant.

     

    Écoute !  D'où provient cette musique exquise ?

    Est-ce Zéphyr qui joue une fugue de Bach

    Ou le doux friselis que fredonne la brise

    Quand elle plisse l'onde et glisse sur le lac ?

     

    Je marche dans la nuit sous la lune trop pleine,

    Elle inonde les champs de lumière d'argent,

    Éclairant le chemin qui déchire la plaine

    D'un long trait de poussière où j'avance en songeant.

     

    Je me dis que là-bas, enfin j'aurai la chance

    De trouver sur la mousse un bien tendre coussin,

    D'oublier un instant le mal de ton absence

    En rêvant que mon front repose sur sur ton sein.    


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    Où t'en vas-tu, Soleil, le soir quand tu te couches,

    Quand ton disque de sang s'immerge dans les eaux,

    Que derrière un pointu*, des centaines d'oiseaux

    Survolent son sillon comme un essaim de mouches ?

     

    Avant qu'il fasse noir, le pêcheur rentre au port,

    Un ultime rayon vient rosir un nuage,

    Et moi, comme un enfant, au creux d'un coquillage

    J'écoute ronronner l'océan qui s'endort.

     

    Mais tandis que la brume a recouvert de voiles

    L'estran pour étouffer l'écho d'un dernier bruit,

    Commence dans le ciel, pour éclairer la nuit,

    Le travail merveilleux de l'allumeur d'étoiles.

     

    Et bientôt, il sera parsemé de diamants,

    De gouttes de lumière irréelle et lointaine

    Qui jaillirent un jour de divine fontaine

    Et parent l'univers de riches ornements.

     

    Là-bas, c'est la Grande Ourse, et là, c'est Arcturus,

    Et puis un peu plus loin, Mira, la merveilleuse,

    Au centre d'Orion, la belle Bételgeuse,

    Mais celle qui l'emporte, à mes yeux, c'est Vénus.

     

     ___

     

    Ce soir, le ciel est doux, je marche sur la plage,

    Les bateaux des pêcheurs sont tous rentrés au port,

    Je colle mon oreille au creux d'un coquillage...

    Ma foi, c'est vrai : j'entends l'océan qui s'endort...

     

    Laisse-moi, dis Monsieur, allumer une étoile,

    Une seule... oh ! merci ! Je vais choisir Vénus

    Et je prierai très fort pour qu'elle me dévoile

    Les secrets du Soleil qui me sont inconnus...

     

    Vénus a bien voulu m'apprendre de sa bouche

    A quoi passent leur temps, en privé, ses amis :

    Je sais où le Soleil s'en va quand il se couche

    Mais ne le dirai point... parce que j'ai promis !

     

     

     

     

    * le pointu est un bateau de pêche.


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    Madame, cette nuit, je vous ai vue en songe,

    Vous montiez mon Hazan, mon cheval favori,

    Vous tournâtes la tête et vous m'avez souri...

    à moi, votre écuyer, moi qui tenais la longe.

     

    Oh ! je sais que mon rêve est peut-être un mensonge,

    Le reflet d'un désir que j'ai bien trop nourri,

    Vous exerciez sur moi l'attrait d'une houri

    Au point que j'eus aimé que l'instant se prolonge.

     

    Non, je ne voulais pas afficher le mot "fin" ;

    Ce mirage adoré, je le cherchais en vain,

    Je pensais le saisir... le cruel se dérobe.

     

    Quand au petit matin le jour est revenu,

    J'allai voir mon Hazan et là, j'ai reconnu...

    Oui, c'était votre odeur qui parfumait sa robe.


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    J'aime tant écouter votre belle voix grave

    Déclamer vos beaux vers à l'approche du soir,

    Lorsque l'obscurité m'interdit de vous voir

    Et que seul me parvient votre parfum suave.

     

    Délicieux moments dont je deviens l'esclave

    Un peu plus chaque jour car ils ont le pouvoir

    De parler à mon âme et l'art de m'émouvoir :

    Ils m'ont fait  succomber à votre charme slave.

     

    J'imagine parfois que vole dans la nuit,

    Pareil à l'oisillon qui, de son nid, s'enfuit,

    Un mot délicieux sorti de votre bouche,

     

    Il s'allonge en poème au lit d'un parchemin,

    Ou, mieux encore, il vient s'écrire sur ma main ;

    Alors, bien doucement, d'un baiser, je le couche.    


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    Elle avait dix-huit ans, on l'appelait Minouche,

    Elle courait les champs, nous la suivions partout,

    Elle attirait les gars car elle avait surtout

    La réputation de n'être point farouche.

     

    Et nous, nous avions tous un jour connu sa couche,

    Chacun à notre tour, on risquait son va-tout ;

    La belle enfant était curieuse de tout

    Et certes n'était pas une Sainte Nitouche.

     

    Minouche, tu n'étais pas reine des vertus,

    Mais j'adorais tes yeux, tes petits seins pointus,

    Ta façon de gémir dans les moments suprêmes.

     

    As-tu tenu les vers que j'écrivais parfois ?

    Lorsque je pense à nous,  j'entends toujours ta voix

    Quand tu me demandais d'un air mutin : "tu m'aimes ?"

     

     


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