•  

    Une rose en mourant vient poser un pétale 

    Sur la page du livre ouvert sur mes genoux, 

    Et dans le clair-obscur de l’ombre qui s’étale, 

    Resurgit le passé : je me souviens de nous. 

     

    Assis l’un près l’autre, à l’abri de la treille, 

    Nous avions des projets, bâtissions l’avenir 

    Et quand je te disais : « Lorsque vous serez vieille » 

    Tu riais de Ronsard, faisant la sourde oreille. 

    Oh ! ces jours ne semblaient jamais devoir finir ! 

     

    Je crois encor sentir ta tête qui repose 

    Au creux de mon épaule, il me paraît revoir 

    Le matin merveilleux où j’ai cueilli la rose 

    Pareille à celle qui vient de mourir ce soir.


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  • Oh ! vous qui passez sans me voir,

    J’ai mal de votre indifférence,

    Si vous saviez quelle souffrance

    Vous m’imposez sans le savoir.

     

    Eh oui, je dors sur le trottoir

    Et je n’ai plus belle apparence

    Depuis que madame la Chance,

    Sans charité, m’a laissé choir.

     

    Et pourtant, avant, j’étais riche,

    Mon nom, tout en haut de l’affiche

    Brillait, écrit en lettres d’or.

     

    Après ma montée au pinacle,

    Ce fut l’imparable débâcle ;

    J’étais… le savez-vous encor ?

     

    ----- -

     

     

    Benjamin a connu une gloire très brève au début des années ’60.

    Détrôné par Jacques Dutronc, il a fini comme SDF à Paris.

    On ignore la date de sa mort, probablement vers 1970.


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  • Rien qu’un baiser, un seul, Madame,

    Allez-vous me le refuser ?

    Tout mon être vous le réclame,

    Oh ! donnez-moi vite un baiser !

     

    De l’amour, il est l’oriflamme,

    Je le désire, est-ce abuser ?

    Voyez comme mon cœur s’enflamme…

    Oh ! j’ai si soif de ce baiser.

     

    Je suis homme et vous êtes femme,

    Franchir le pas, il faut l'oser !

    Dites-moi quel est le sésame

    Pour avoir de vous ce baiser

     

    Que sur vos lèvres, ô Madame,

    Un papillon viendra poser.

    Allons, prenez cette épigramme

    En échange d’un doux baiser.


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  • Malicieusement, Cupidon tend son arc,

    L’archerot, aux aguets, a repéré sa cible :

    Une fille, un garçon qui, de l’ombre d’un parc,

    Sont venus partager l’intimité paisible.

     

    Il est si jeune encore, elle n’est qu’une enfant,

    Et leurs élans sont faits d’une pure innocence

    Côte à côte, ils sont là, bien sages, sur le banc,

    L’un et l’autre enivrés de leur seule présence.

     

    Comme ont fait avant eux des milliers d’amoureux,

    Dans ce parc, ou ailleurs, sous un rayon de lune,

    Ils savourent l’instant, mille fois bienheureux,

    Et remettent leur sort aux mains de la fortune.

     

    Il n’est rien de plus beau que de voir deux pigeons

    Qui se croient seuls au monde et s’aiment d’amour tendre,

    Insoucieux de tout ce que nous exigeons

    Lorsque, devenus grands, on ne sait plus attendre.

     

    Mais Pierrot ne sait pas qu’un jour, un Arlequin

    Peut venir provoquer d’impétueux tumultes

    Et que des fers sortis des forges de Vulcain

    Brûlent parfois le cœur et l’esprit des adultes.

     

    Tremblant, du bout des doigts, il effleure la main

    Que lui laisse un instant sa douce Colombine,

    Mais au fond de ses yeux, il lit que dès demain

    Elle dévoilera la flamme  qu’il devine.

     

    Alors, il ne dit rien, tourne les yeux au ciel

    Où le vent de l’espoir souffle et gonfle les voiles

    D’un merveilleux vaisseau, fantôme, immatériel,

    Qui l’emmène rêver sur une mer d’étoiles.

     

    Tandis que Colombine imagine déjà

    Son marin, son Simbad, à bord de son navire

    Rapportant d’Orient, tel un maharajah,

    Les parfums, les encens, le cinname et la myrrhe.

     

    Et quand l’obscurité couvre les deux Amours

    D’un manteau de silence, assis l’un contre l’autre,

    Leurs échanges ne sont que bourdonnements sourds

    Comme des angelots lors d'une patenôtre.


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  • Les prés sont refleuris, le printemps nous appelle,

    Viens, nous nous assoirons derrière la chapelle,

    Le ruisseau, l’arbre creux, le banc, rien n’a changé

     Depuis qu’un jour d’avril, nous avons échangé

     Notre premier baiser. T’en souviens-tu ma Douce ?

    Viens, nous écouterons, allongés sur la mousse

    Accueillante des bois, le gazouillis charmant

    Que gringotte en son nid, l’oiseau en s’endormant

    Lorsque la nuit s’installe et couvre de ses voiles

    La terre sous un dais de myriades d’étoiles.

    Nous écrirons  nos noms au bas d'un parchemin *,

    Et, tous deux, nous irons jusqu’au bout du chemin.

                     

     

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    * petit clin d'oeil à Georges Brassens.

     


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