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    Les arbres du verger sont habillés de rose,

    Il a suffi qu'Avril réveille le Soleil

    Pour que Dame Nature émerge du sommeil,

    Et le pré reverdit, et le bourgeon explose.

     

    Tout en haut du pommier, saluant le matin

    De son chant séraphique, une grive babille

    Pendant qu'un roitelet chargé d'une brindille

    Part cacher dans son nid son fabuleux butin.

     

    Un coucou voletant de cachette en cachette,

    Pour clamer son retour, fait entendre sa voix ;

    Dans l'épais tapis bleu, la jacinthe des bois

    Frémit quand un bourdon butine sa clochette.

     

    Au cœur d'une clairière, on peut voir un brocard

    Dont le muscle est puissant et la robe superbe,

    Et quelques lapereaux s'aventurer dans l'herbe...

    Ils ignorent encor que rôde le renard,

     

    Car là-bas, ses petits, au fond de leur tanière,

    Attendent que leur père apporte le repas,

    Que ce soit un lapin ou bien de jeunes rats,

    Ils dévoreront tout sans faire de manière.

     

    Dans un ciel azuré, l'épervier tourne en rond,

    Il peut planer longtemps sans un battement d'aile ;

    Je trouve, en l'admirant, la Nature si belle,

    Elle instille en mon âme un calme si profond.

     

    Bientôt, dans mon jardin, va refleurir la rose,

    — La rose et le lilas, comme chantait Béart, —

    Même si le Printemps nous arrive en retard,

    Les arbres du verger sont habillés de rose.    


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    Ce n'était pas un lac, même pas un étang,

    Non, je dirais plutôt une petite mare ;

    Mais lorsque j'y venais, je n'avais pas sept ans.

    Oh ! peut-être allez-vous trouver cela bizarre,

    Oui, pour moi, c'est un lac. Un lac ! Pas un un étang !

     

    C'était en mai, je pense, un matin,  mon grand-père,

    Avec une ficelle et quelques bouts de bois,

    fabriquait un trois-mâts, véritable corsaire,

    Depuis le petit foc jusqu'au grand cacatois...

    Quand je vois un bateau, je repense à grand-père.

     

    Il m'a conduit au "lac", pour mon plus grand plaisir,

    J'allais être Surcouf et connaître la gloire,

    Surcouf... ou bien Jean Bart, il me fallait choisir !

    Moi, les deux pieds dans l'eau, je vivais mon histoire,

    Et lui me regardait pour son plus grand plaisir.

     

    Aux aurores parfois, lorsque tout est tranquille,

    Avant que le soleil m'accable de chaleur,

    Je pars seul, sans rien dire, et je sors de la ville,

    je retourne là-bas, et sans fausse pudeur,

    Je pleure mon grand-père et sa force tranquille.


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    De ma chambre, je vois une forme d’antan

    Regarder l’horizon, pieds nus sur une roche,

    Elle ne bouge pas quand une lame approche,

    Immobile, elle attend.

     

    Dans le vent qui nous vient de la terre, on entend

    Se mêler à la mer, le glas sourd d’une cloche

    Qui blâme mon départ et m’en fait le reproche…

    Pourtant, je t’aimais tant.

     

    Les vagues de la vie, à présent effanées,

    N’ont jamais recouvert, en dépit des années,

    La trace de tes pas.

     

    La prière des flots entre par la fenêtre,

    Je m’assieds à ma table et t’écris une lettre

    Que je n’enverrai pas.


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    Un ballet d'hirondelles

    Au ciel fait mille tours,

    La Nature, avec elles,

    Annonce les beaux jours.

     

    Allongé sur la mousse

    Odorante des bois

    Baignés de lune rousse,

    émerveillé, je vois

     

    — Ô vision superbe —

    Une biche et son faon

    Venir brouter dans l'herbe

    Tendre au bord d'un étang

     

    Où quelques libellules

    Virevoltent. Le vent

    Dessine des ridules

    Et le soleil levant,

     

    Sur ses eaux, étincelle ;

    Dans un marais de joncs

    Cancane une sarcelle ;

    Et j'entends des pigeons,

     

    Ou quelques tourterelles,

    Roucoulant comme fol,

    à grands battements d'ailes

    Préparer leur envol.

     

    L'éveil de la Nature

    Annonce le retour,

    Divine quadrature

    Du printemps, de l'Amour.

     

    Si tu le veux encore,

    Viens, je t'ouvre les bras,

    Ce soir, jusqu'à l'aurore,

    Nous froisserons les draps.


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    Quand je veille le soir, de merveilleux instants,

    Images et senteurs, remontent en mélange :

    Des crapauds coassaient sur le bord des étangs,

    L’orage menaçait, l’horizon rouge-orange

    Jetait sur la nature une lueur étrange ;

    Courant pour échapper à la fureur du ciel,

    Nous avions recherché la paille d’une grange…

    J’appris là tes baisers au goût sucré de miel.

     

    Tu m’as laissé cueillir les fleurs de ton printemps

    Sans rien me demander, sans promesse en échange,

    On croit en l’avenir quand on a dix-sept ans,

    Seul comptait à nos yeux le bonheur qu’on engrange ;

    Quand la pluie a cessé, le cri d’une mésange

    A salué, joyeux, l’arche d’un arc-en-ciel,

    J’ai clos la porte afin que nul ne nous dérange

    Et pris d’autres baisers au goût sucré de miel.

     

    L’averse avait déjà cessé depuis longtemps

    Quand j’ai suivi du doigt, sur ta robe, une frange

    Dont la courbe évoquait des trésors si tentants

    Que je n’eus qu’une idée : en faire la vendange.

    Ce lointain souvenir aujourd’hui me démange,

    Ma mémoire a, depuis, perdu l’essentiel :

    Le nom de cette fille au fond de cette grange,

    Celle dont les baisers avaient un goût de miel !

     

    Femmes, vous aviez nom Margot, Ninon, Solange…

    Quand nous avons commis ce doux péché véniel,

    Comme disait Brassens, vous aviez « l’air d’un ange »,

    Mais vos baisers avaient toujours ce goût de miel.


     


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