•  

    Allez vous-en, vieilles bacchantes,

    L’été finit, l’été se meurt,

    Demain, les chaleurs suffocantes

    Feront place aux frimas, sans heurt.

     

    Partez, fuyez loin de nos plages,

    Qu’à nouveau les sables soient nus ;

    Rajustez vite vos corsages

    Et cachez vos appas charnus.

     

    J'entends le rire des mouettes

    Vous voyant griller votre peau

    Ou quand vous faites vos trempettes

    En plongeant votre cul dans l’eau !

     

    Quand vous aurez quitté la grève,

    Repris la route en long convoi,

    A l’heure où le soleil se lève,

    J’aurai l’océan tout à moi.

     

    Et par les nuits de pleine lune,

    Sur un platin, j’irai m’asseoir,

    J’attendrai que vienne Neptune

    Juste pour lui dire bonsoir.    

     


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  • 45° à l'ombre ! C'est sans nul doute le jour le plus chaud de ces dix dernières années.

    J'ai laissé les volets fermés pour tenter d'empêcher la chaleur de squatter la chambre, mais en vain. Je sens  des gouttes de sueur descendre entre mes omoplates et le bourdonnement des mouches qui tournent inlassablement autour de la lampe rompt le silence pesant qui m'écrase. Je reconnais les premiers symptômes d'un accès de paludisme, je lutte, mais c'est inutile : le mal me submerge, la fièvre emporte mon esprit.

    Le bruit des mouches s'amplifie et ce sont maintenant des palmes d'hélicoptères qui brassent l'air chaud. Il arrivent, ils sont là, larguent lâchement leurs bombes qui descendent vers nous avec un sifflement terrifiant, explosent, répandent leur napalm sur le camp. La croix rouge dessinée sur notre hôpital de campagne ne nous offre aucune protection contre cette mort aveugle. L'odeur âcre des chairs brûlées nous donne la nausée, les membres se tordent, les visages grimacent. Ceux qui ont échappé à ce feu infernal courent, paniqués, pour aller se réfugier dans la jungle ; ils oublient que les pistes sont truffées de mines antipersonnel : les pieds sont arrachés, les os cassent, les plus chanceux s'en tirent avec de vilaines plaies qui s'infecteront demain dans les marécages nauséabonds qui nous entourent.

    Peu à peu, je reprends mes esprits et je sens une présence amie à mes côtés. C'est mon chien qui me lèche la main, ne comprenant pas que je reviens d'un passé lointain : Vietnam, 1962.    


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    Il était presque trois heures du matin quand Robin referma son ordinateur, satisfait de sa soirée car il venait de "cracker" son vingtième compte.

    Tout avait commencé à Noël, six mois plus tôt. Robin travaillait dans le service de la P.A.C.C (police-anti-cyber-criminalité). Ancien "hacker" — une faute de jeunesse —, comme aucune DB (base de données) ne lui résistait, il avait décidé de revenir dans le droit chemin en mettant ses compétences informatiques au service du bon droit. Son travail consistait à pister la fuite des capitaux vers les paradis fiscaux. Depuis deux ans qu'il avait rejoint l'équipe des "traceurs", sa pêche totalisait plus de deux cents poissons, dont une bonne vingtaine de très gros.

    Début novembre, il avait ferré un véritable requin qui nageait dans des eaux politiciennes pas très claires. Après plusieurs semaines de traque, il était enfin arrivé à pénétrer dans ses comptes au Bahamas et avait immédiatement mis ses chefs au courant. Dès le lendemain, il avait reçu de la "Haute Autorité" l'ordre de ne pas poursuivre sa chasse et de mettre ce dossier en quarantaine, ce qui signifiait qu'il serait classé sans suite. Sa première réaction avait été de se rebeller mais il avait alors subi des pressions le menaçant de le congédier. Ayant très vite compris qu'il était inutile d'insister, Robin s'était plié aux exigences, ou tout au moins en avait donné l'apparence. A partir de ce moment-là, il avait été pris d'un doute : n'y avait-il pas eu d'autres cas de mise en quarantaine ?

    Quand une enquête était achevée, les "traceurs" devaient transmettre leurs fichiers à leurs supérieurs et détruire les originaux qui se trouvaient sur leur disque dur. Les fichiers transmis étaient alors stockés dans une BHS (Base hyper-sécurisée) et seuls quelques hauts responsables y avaient accès.

    Le jour de Noël, le Hasard fit son œuvre : Robin était allé rechercher Anaïs à l'aéroport. Sa sœur cadette était de retour d'un voyage au Maroc. La jeune femme portait une veste en cuir qu'elle avait acheté juste avant le départ. "Contrefaçon !" avaient déclaré les douaniers. La veste avait été confisquée et elle risquait une amende. C'est en pleurs qu'Anaïs était venue se jeter dans les bras de son frère.

    Ce fut l'élément décisif. Le soir même, Robin décida de "cracker" la BHS — un simple jeu d'enfant pour lui — et, comme il s'y attendait, nombre de ses dossiers relatifs à des personnages influents avaient été mis en quarantaine ! Robin était écœuré.

     

    Que faire ? C'est alors que lui vint l'Idée, avec un grand I. Puisqu'il s'appelait Robin, il allait se montrer digne de son homonyme : Robin de Sherwood. Il allait prendre aux riches fraudeurs pour donner aux nécessiteux !

     

    Et ce soir, il venait de terminer son vingtième transfert de fonds.

    Le lendemain, on pouvait lire dans les journaux :

    « Un  riche industriel, sous le couvert d'anonymat, a fait un don d'un million d'euros pour la recherche contre le cancer ».

    Il était évidemment impossible à ce donateur anonyme de se rétracter, mais dans les heures qui suivirent, l'Élysée prit contact avec le directeur de la P.A.C.C. l'invitant à mettre son meilleur limier sur la piste du "hacker" qui avait commis ce crime de lèse-majesté.

    Quelques jours plus tard, le limier Robin dut avouer son incapacité à résoudre le problème : toutes les traces de l'opération avaient été effacées ! Inutile de préciser que dans les hautes sphères de la P.A.C.C. s'était la déroute...

     


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    Ecoute, mon enfant, écoute ton grand-père.

    Oh ! ne t'inquiète pas, ce n'est pas un sermon !

    C'est à peine un conseil, juste une réflexion,

    Peut-être le seul fruit qu'a mûri mon grand âge.

    Ce ne sera pas long car tout tient en deux mots

    Qui résument ma vie : Amour et Liberté ;

    Oui, liberté d'aimer et celle de penser,

    L'une répond au cœur, l'autre parle à l'esprit.

    Si l’esprit s’enrichit de tout ce qu’il reçoit,

    Le cœur, lui,  s'ennoblit de l'amour qu’il partage.

    Mais surtout sois patient, tu dois savoir attendre,

    Car un mot, un regard, un simple geste tendre

    A bien plus de valeur que tout ce qu'on peut prendre.

    Aimer, ce n'est pas prendre. Aimer... Non, c'est donner !

    Alors, mon enfant, aime ! Aime de tout ton être,

    Donne autant que tu prends, alors tu seras juste,

    Donne plus que tu prends, et tu seras heureux.

     

    _______________________________________________________________

    Note : Les deux derniers vers sont inspirés de Suzanne Necker-Curchod (1737-1794), qui était la mère de Madame de Staël.


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    Je lisais mon journal, dans la salle d'attente,

    Espérant que mon train n'ait pas trop de retard,

    Quand un vieillard me dit, venu de nulle part,

    D'une voix mal à l'aise,  et même chevrotante :

     

    « Le monde est bien malade et les hommes sont fous !

    Mon fils, continua ce savant philosophe,

    Sais-tu que tu vas droit vers une catastrophe ?

    Et toi, pauvre inconscient, toi, tu t'en contrefous ! »

     

    « Non, ne fais pas l'autruche ! Ouvre les yeux, regarde :

    Oui, tout part de travers à mon grand désespoir,

    Que ça te plaise ou non, je crois que mon devoir

    Est de te prévenir et de te mettre en garde. »

     

    « Avant la fin du siècle, au rythme où vous croissez,

    Vous serez huit milliards — et plus — sur la planète

    (Sauf si quelque conflit vient faire place nette !)

    Le produit des moissons, en aurez-vous assez ? »

     

    « Après avoir mangé de Gaïa, sa richesse,

    Survivre vous fera vous entre-dévorer,

    Mais il sera trop tard pour vous remémorer

    Qu'il eût fallu plus tôt cultiver la sagesse. »

     

    Heureusement mon train est enfin arrivé,

    J'ai laissé cet oiseau de trop mauvais augure

    Et ces mots dont, comme chacun, je n'avais cure,

    Car ainsi, son problème, il était esquivé.

     


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