• Mon lac

     

    Ce n'était pas un lac, même pas un étang,

    Non, je dirais plutôt une petite mare ;

    Mais lorsque j'y venais, je n'avais pas sept ans.

    Oh ! peut-être allez-vous trouver cela bizarre,

    Oui, pour moi, c'est un lac. Un lac ! Pas un un étang !

     

    C'était en mai, je pense, un matin,  mon grand-père,

    Avec une ficelle et quelques bouts de bois,

    fabriquait un trois-mâts, véritable corsaire,

    Depuis le petit foc jusqu'au grand cacatois...

    Quand je vois un bateau, je repense à grand-père.

     

    Il m'a conduit au "lac", pour mon plus grand plaisir,

    J'allais être Surcouf et connaître la gloire,

    Surcouf... ou bien Jean Bart, il me fallait choisir !

    Moi, les deux pieds dans l'eau, je vivais mon histoire,

    Et lui me regardait pour son plus grand plaisir.

     

    Aux aurores parfois, lorsque tout est tranquille,

    Avant que le soleil m'accable de chaleur,

    Je pars seul, sans rien dire, et je sors de la ville,

    je retourne là-bas, et sans fausse pudeur,

    Je pleure mon grand-père et sa force tranquille.


  • Commentaires

    1
    Lundi 23 Mars à 07:18
    C'est ainsi que je pense au mien disparu alors que je mettais ma 1ère fille au monde !
    Il ne m'a jamais fais de bateau mais il me racontait des histoires de son temps et j'adorais cela. Il était né en 1902..Je me dis souvent qu il avait la sagesse des gens d avant..
    Merci Ed pour ce souvenir émouvant
    Bisous confinés !!
      • Ed
        Mardi 31 Mars à 10:06

        Ton grand-père était né en 1902, le mien un peu avant. Mais ma grand-mère était aussi de 1902. Orpheline à 4 ans, deux guerres, veuve à cause de la 2ème, plus un fils tué en 1944... et il y en a aujourd'hui qui se plaignent !

    2
    Lundi 30 Mars à 19:13
    patchcath

    Les souvenirs sont beaux ;-) et si bien écrits

      • Ed
        Mardi 31 Mars à 10:07

        Merci de vous être arrêtée sur ma page.

    3
    Vendredi 10 Avril à 12:36

    Ah Pierre... Quel émouvant partage ! Et quelle belle et respectable pudeur ("Je par seul, sans rien dire, et je sors de la ville [...], Je pleure mon grand-père et sa force tranquille.") !

    Je n'ai connu aucun de mes grands-pères (le maternel est parti alors que je m'ébauchais dans le ventre de ma mère, le paternel s'est tué dans un accident de la route à l'âge de...38 ans), je n'ai donc pas ce genre de souvenirs. Ces grands-pères non rencontrés me manquaient, alors qu'enfant, j'entendais mes copains, mes copines, parler des leurs et de ce qu'ils faisaient avec eux. Et, en grandissant, j'ai appris à vivre avec ce manque, surtout, ils sont restés, quelque part, vivants, car mes deux parents et mes grands-mères les ont toujours beaucoup évoqués.

    J'imagine quelle peut être ton émotion, lorsque tu vois un bateau, une flaque d'eau... 

    Très belle poésie.

    Bon vendredi à toi.

    Fabrice

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