•  

     

    Je me souviens de cette nuit

    Que nous avons passée ensemble.

    Oh oui ! Bien sûr, le temps s'enfuit,

    C'était hier... Non ? Il me semble...

     

    C'était.... Voilà bien, bien longtemps !

    Mais oublier ? C'est impensable !

    Nous avions tous les deux seize ans,

    L'âge où l'on n'est pas raisonnable,

     

    L'âge où notre unique horizon

    Est fait de fugues, de folies,

    Qui nous font perdre la raison

    Quand les filles sont si jolies.

     

    Quand, au matin, tu m'as quitté,

    Je ne savais si notre histoire

    Était rêve ou la réalité,

    Je n'arrivais pas à y croire.

     

    Mais le destin était jaloux

    De nous, ô ma belle inconnue,

    Il m'a frappé de son courroux

    Et je ne t'ai plus jamais vue.

     

    Vois-tu, maintenant, je suis vieux

    Et je voyage en ma mémoire ;

    Aussi, quand je ferme les yeux

    Je vis dans un monde illusoire.

     

    Remontant des fonds abyssaux,

    J'entends ta voix, elle m'appelle...

    Mais ce ne sont que des oiseaux

    Qui chantent la saison nouvelle.

     


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  •  

    J'entends chanter la grive

    L'hiver se meurt, je crois !

    Les matins sont moins froids,

    Leur morsure est moins vive...

    Oui ! Le printemps arrive.

     

    Au grenier, le loir sort

    De son profond sommeil,

    Chauffé par le soleil ;

    Voilà trois mois qu'il dort...

    Ah ! mon Dieu, quel effort !

     

    La nature s'éveille,

    Mars est presque venu,

    Dans mon jardin, j'ai vu

    Ce matin — ô merveille —

    Une première abeille.

     

    Et le fermier, enfin,

    Puisqu'il faut bien le faire,

    Embaume l'atmosphère

    Du doux parfum si fin

    De la fleur de purin.

     


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    Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

    S'avançaient, plus câlins que les Anges du mal.

     

    Les bijoux (vers 20 & 21)

    Charles Baudelaire

     

    Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

    S'offraient à mes regards. La Belle était maligne

    Et savait réveiller l'instinct de l'animal

    En balançant son corps d'une manière insigne ;

    Le vent de la folie emportait, comme guigne,

    Ma raison. N'étant plus dans mon état normal,

    Faudrait-il, tel un Faust, par un geste fatal

    Vendre mon âme au diable? Ou que je me résigne ?

    Cette idée a fini par me rendre immoral

    Quand sur ma peau, ses doigts — et sans que je rechigne —

    S'avançaient, plus câlins que les Anges du mal.

     

    ____________________________________________

    Ce genre de poème s'appelle un fatras.

    Partant de deux vers extraits d'un poème célèbre, il forme une seule strophe de 11 vers écrits sur deux rimes et de même structure que les vers du poème choisi (ici, des alexandrins).

    Le premier vers choisi commence la strophe et le deuxième la termine.


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  • Avertissement :

    La pièce en un acte et un seul tableau (crise oblige !) que vous ne verrez pas ce soir n’a pas été jouée à la Comédie française — ni ailleurs — et ne le sera certainement jamais. Les décors auraient pu être de Roger Harth et les costumes de Donald Cardwell.

     

    Note de l’auteur :

    Cette pièce n’a pas été montée à la suite d’une cabale aussi idiote que méprisable. Nous remercions notre maître, Monsieur Poquelin, d’avoir tenté d’intercéder en notre faveur. Nous reproduisons ci-dessous un extrait de la lettre qu’il a adressée aux plus hautes autorités (le lecteur qui reconnaîtra cet extrait gagnera… toute ma considération) :

     

    […]

    Avez-vous jamais vu, d’expression plus douce,

    Malgré les soins maudits d’un injuste pouvoir,

    Un plus beau naturel peut-il se faire voir ?

    Et n’est-ce pas sans doute un crime punissable,

    De gâter méchamment ce fonds d’âme admirable ?

    D’avoir dans l’ignorance et la stupidité,

    Voulu de cet esprit étouffer la clarté ?

    […]

                                                                Jean-Baptiste Poquelin,

                                                              dit Molière.

     

     

    Le paradis terrestre

    Pièce en un acte et un tableau,

     

    Les comédiens (imaginez dans ces rôles les voix de...)

     

    Eve : Madame Arletty;

    Adam : Gérard Philippe ;

    Dieu : Michel Simon ;

    Le serpent Kaa : Sacha Guitry;

     

    Le narrateur : Louis Jouvet.

     

    *  *  *

    Le narrateur :

     

    Voilà très très longtemps, notre univers

    Était rempli de rien : c’est peu de choses !

    Et dans ce néant plein d’aucunes roses,

    Ronsard n’eut jamais fait le moindre vers.

    Pour y remédier, Dieu s’obstina

    A combler illico cette lacune :

    Le soleil, l’eau, la terre  et puis la lune,

    Des animaux, un mec, une nana.

    N’ayant pas encor fait de la lumière,

    Il fabriqua tout ça, mais à tâtons.

    Pour finir il créa quelques photons.

    Voyant combien son œuvre était grossière,

    Il se dit en lui même : «Oh ! catastrophe !"

    (Passez, amis lecteurs, à l’autre strophe.)

     

    Le narrateur :

     

    Au paradis terrestre, Ève était nue

    Mais n’appréciait pas cette tenue.

     

    Eve :

     

    - Trouvez-vous bien normal, dit-elle à Dieu,

    D’être aussi dévêtue en pareil lieu ?

    Même les animaux ont leur pelage

    Pour cacher leurs défauts… et davantage.

     

    Le narrateur :

     

    Le Seigneur réfléchit un court instant

    Puis il lui répondit, fort mécontent.

     

    Dieu :

     

    - Eve, vous m’agacez ! Il faut vous taire !

    Sachez que je n’ai mis sur cette Terre

    Rien qui soit mieux que vous, pourquoi dès lors

    Vouloir dissimuler un si beau corps ?

    Mon ouvrage est bien fait et sans rature,

    Vous êtes le joyau de la nature,

    C’est l’aboutissement d’un long travail ;

    Je crois, n’ayant fait fi d’aucun détail,

    Qu’en vous créant j’ai fait un vrai chef-d’œuvre.

    Tout, oui tout, avant vous, n’était qu’épreuve !

    Cessez donc de venir me déranger

    Puisqu’il n’est question de rien changer.

     

    Le narrateur :

     

    Ainsi Dieu pensait-il clore l’affaire

    Mais c’était mal juger notre commère !

    Revenant à la charge avec ardeur

    Elle attaque à nouveau le Créateur.

     

    Eve :

     

    - Par le diable êtes-vous  féminophobe*

    Que vous me refusez la moindre robe ?

    L’habit est important car autrement

    Pourrait-on distinguer zèbre et jument ?

    Entre le léopard et la panthère

    Seul, au premier regard, le poil diffère.

    Me laisser aller nue en ce jardin !

    Vous auriez dû créer Dior ou Cardin,

    Eux au moins m’auraient fait quelques toilettes

    Recouvertes de strass, et de paillettes,

    De diamants brillant de mille feux ;

    Ils m’auraient donné tout ce que je veux.

    Non ! vous fîtes Adam ! pauvre bonhomme,

    Dont le seul intérêt est une pomme

    Qu’il écoute mûrir, cet innocent !

    N’est-il donc rien de plus intéressant ?

    Il rêve, admiratif, près de son arbre

    Mais devant mes attraits, reste de marbre.

    J’ai déjà tout testé ; non, rien n’y fait,

    Mes charmes n’ont sur lui le moindre effet.

    Seule à longueur de temps, je deviens folle,

    Je vais chercher quelqu’un qui me console.

    Ce sot reste dehors toute la nuit !

    A-t-il peur que ma main cueille son fruit ?

    Je me sens délaissée et, sans tendresse,

    Je vois mourir le feu de ma jeunesse.

    Ne pourrait-il au moins soigner ma fleur ?

    Puisqu’il a l’âme d’un… horticulteur.

     

    Dieu (en lui-même) :

     

    «C’est heureux qu’il soit seul, pensa le Père,

    Au moins nous n’aurons pas un adultère.

     

    Le narrateur :

     

    Souhaitant mettre un terme à tout cela,

    Le lendemain, dès l’aube, Il appela

    Kaa, le vilain serpent, faux et funèbre,

    Que Kipling, bien plus tard, rendra célèbre.

     

    Le narrateur :

     

    Le Tout-Puissant lui dit :

     

    Dieu :

     

                                              «Toi, le Sournois,

    Va près d’Eve et d’Adam, en tapinois,

    Devenez des amis et fais en sorte

    Que ce brave garçon la réconforte.

    Dis-lui que s’il n’a d’yeux que pour ce fruit,

    Le fruit de mes efforts sera détruit,

    Qu’avec Eve, il lui faut peupler la terre ;

    Surtout explique-lui… comment le faire.

     

    Le narrateur :

     

    Le reptile se tut un court instant

    Avant de demander, en insistant

     

    Le serpent :

     

    - Serai-je bien payé pour ce service ?

    Car je vais devoir faire un sacrifice…

     

    Le narrateur :

     

    Mais Dieu, haussant le ton, dit au Python

     

    Dieu :

     

    - Tu voudrais être un sac Louis Vuitton ?

     

    Le narrateur :

     

    Face à cet argument, Kaa fit silence

    Mais le diable en son for criait «vengeance !».

    Pendant ce temps, Adam, dans son jardin

    Guettait le va-et-vient d’un muscardin

    Qui portait dans son nid, à grande peine,

    Toute une cargaison de glands de chêne.

    Le serpent arriva sans aucun bruit

    Et se glissa dans l’arbre auprès du fruit.

     

    Le serpent :

     

    - Que cette pomme est belle ! Est-elle mûre ?

    Peut-être est-elle encore un peu trop sure ?

    Voulez-vous m’en donner quelques morceaux

    Ou bien la gardez-vous pour vos pourceaux ?

    Il me semble qu’elle est encor trop verte

    Pour pouvoir décemment nous être offerte.

     

    Adam :

     

    -Que nenni, cher ami, c’est une erreur ;

    Croire qu’elle n’est pas à la hauteur !

    Soyez sûr que ce fruit, sur votre table,

    Aurait une saveur inégalable.

    Mais votre tentative est un échec :

    Non, ma pomme n’est pas pour votre bec.»

     

    Le narrateur :

     

    Dépité, le serpent change d’optique,

    Et pique le bonhomme au point critique.

     

    Le serpent :

     

    - Tiens, je ne vois pas Eve ? Où donc est-elle ?

    Ne savez-vous tenir votre hirondelle 

    Qu’elle doit s’encourir partout ailleurs ?

    Vous êtes le jouet des gouailleurs

    Qui se gaussent tout haut de vos faiblesses.

    Les femmes, mon ami, sont des traîtresses…

     

    Adam :

     

    - Vous êtes un grand sot ! Eve est unique !

    Dieu n’en a point une autre en sa fabrique,

    Ergo vous abusez de ce pluriel.

    Allez vider ailleurs tout votre fiel !

    Partez ou taisez-vous… ou je me fâche

    Car on peut être bon sans être lâche

    Et si vous persistez dans vos propos

    Vous allez ravaler vos vilains mots.

     

    Le serpent :

     

    - Holà, l’ami, Tout doux ! Pas de querelle !

    Je n’ai pas voulu nuire à votre Belle ;

    Ce que j’ai dit, c’était pour votre bien

    Et vous vous énervez pour presque rien !

    Il faut, à vos enfants, montrer l’exemple

    Et ne pas imiter Jésus au temple.

     

    Adam :

     

    - Mes enfants ? Et Jésus ? Vous divaguez !

     

    Le serpent :

     

    - Oui, vous avez raison. Là, je blaguais :

    Il arrive parfois que j’anticipe…

    J’aime me projeter, c’est mon principe,

    Moi, du moment présent, je peux sortir

    Et des actes futurs, me souvenir…

     

    Adam (en lui-même) :

     

    - Non, mais écoutez-moi cet imbécile !

    Aucun doute, il a dû fuir d’un asile.

    Ne contrarions pas ce malheureux,

    Il pourrait devenir très dangereux.

     

    Adam (à haute voix) :

     

    Vous avez dit «enfant», mais qu’est-ce encore

    Que ce mot inconnu que, moi, j’ignore

    Et voudrais que, céans, me l’appreniez ;

    Vous aurez, pour cela, quelques deniers

    Car je sais que toujours, pour votre peine,

    Vous aimez pratiquer le droit d’aubaine.

     

    Le serpent :

     

    - Il vous suffit de voir autour de vous :

    Les renards, les moutons, même les loups,

    Engendrent des bébés, c’est la Nature,

    Cela s’appelle aussi progéniture.

    Si le cerf et la biche, eux, ont des faons,

    Eh bien, l’homme et la femme ont des enfants.

    Si vous ne savez pas comment les faire

    Je peux vous remplacer dans cette affaire…

     

    Eve (arrivant à ce moment précis) :

     

    Voilà que je t’y prends, vilain reptile,

    Disparais de ma vue ! Ouste ! Allez ! File !

    Pour avoir dit de tels salmigondis,

    Tu serais expulsé du paradis

    Si tes affreux propos, je les rapporte !»

     

    Le narrateur :

     

    Sachant que le Seigneur vite s’emporte,

    Qu’en telle occasion, jamais ne rit,

    Plus honteux que gêné, le serpent prit

    Ses jambes à son cou - si l’on peut dire.

     

     

    L'auteur :

     

    Non, ce n’est pas malin, mais j’ai fait pire !


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  •  

    J'aime par dessus tout quand la nuit dort, sans lune,

    Que le ciel a troqué son bleu pour le noir d'encre,

    Et que brille au zénith le diamant de Vénus.

    Le temps n'existe plus, il étire ses heures,

    Transforme chaque instant en clos d'éternité

    Où poussent par milliers les roses de l'oubli

    Dont le parfum subtil efface mes soucis.

    Dans ce jardin le loup côtoie une brebis,

    Lui passe autour du cou des lys mis en couronne,

    Souriant, un enfant boit au sein de sa mère...

    Un goût de paradis s'infiltre dans mon rêve,

    Oh ! combien je voudrais que jamais il ne cesse !


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