•  

    Madame, je voudrais vous faire un peu la cour,

    Ne fut-ce qu'un instant, revoir votre sourire

    Quand vous lirez les mots que je vais vous écrire ;

    Acceptez ce présent de votre troubadour.

     

    Voilà déjà longtemps que vous livrez bataille,

    Bien sûr, me direz-vous, vous n'aviez pas le choix

    Oui, mais je sais aussi qu'il arrive parfois

    Que malgré votre ardeur le doute vous assaille.

     

    Avec vous, j'aimerais faire un bout de chemin,

    Je sens votre chagrin, votre peine est palpable,

    Mais de vous soulager, en serais-je capable ?

    Venez, partons tous deux, tenez-moi par la main.

     

    Ce soir, je vous emmène au pays de Ronsard,

    Allons nous promener en forêt de Gastine

    Je vous y cueillerai des bouquets d'églantine

    Et nous nous laisserons guider par le hasard.

     

    Nous longerons les bords du lit de la rivière

    Et nous écouterons le fredon de ses eaux

    Se mêler à celui du doux chant des oiseaux,

    Puis nous rechercherons le frais d'une clairière.

     

    Là, si vous le voulez, nous attendrons la nuit,

    Elle étendra sur nous l'asile de ses voiles,

    Moi, je vous couvrirai de poussières d'étoiles,

    Vous sentirez qu'alors la fatigue s'enfuit.

     

    Non, ne regrettez point d'avoir suivi mes pas !

    N'ayez point de colère. Oh ! ce n'était qu'un rêve,

    Un songe de poète ! Et voilà qu'il s'achève !

    Retournez au travail... mais ne m'oubliez pas.

     


    3 commentaires
  •  

    Il n'est que 19h30. Ce n'est pas encore l'heure du journal télévisé.

    Pour passer le temps, le vieil homme s'assied devant sa table, sort un jeu de carte du tiroir et commence à l'étaler sur le tapis pour faire une réussite. La réussite, il l'a connue — l'échec aussi parfois —  mais au total, les réussites ont effacés les échecs. Quant aux cartes, il en a manipulées de nombreuses durant son existence : ce furent d'abord les cartes d'état-major quand il était en campagne, puis les cartes du pouvoir lorsqu'il s'est lancé en politique.

     

    Aujourd'hui, les seules cartes qu'il tient encore en main, ce sont celles du jeu de bridge : elles sont devenues ses amies.

    La première carte qu'il retourne, c'est le roi de cœur ; et le roi de cœur, c'est Charles. Charles Ier, plus connu sous le nom de Charlemagne, ou peut-être Charles VII, le roi que Jeanne d'Arc fit couronner. Les avis sont partagés là-dessus. Mais si le vieil homme l'aime particulièrement, ce n'est pas parce que c'est le roi de cœur, non, c'est parce qu'il se prénomme Charles, comme lui.

    Sur le roi rouge, il couche une dame noire : Argine, la dame de trèfle. Le joueur a un léger sourire : le roi de cœur ne peut donc être que Charlemagne puisque Argine était l'une de ses concubines ! Argine, anagramme de Regina, lui a d'ailleurs donné deux garçons, Drogon et Hugues, le premier fut vicaire du Saint-Siège et le second archichancelier de son demi-frère Louis Ier le Pieux.  Étonnant ! Toute l'histoire de France dans les cartes ! Certains y lisent l'avenir, mais elles racontent bien mieux le passé !

    Sur la dame noire, il faudrait un valet rouge. Mais là, la chance ne lui sourit plus: c'est Hogier qui vient. Hogier, ou Otgar, le valet de pique. Otgar de Danemark qui, après avoir été l'un des douze pairs de Charlemagne prit les armes contre lui. Et le vieil homme se souvient que lui aussi a parfois été trahi. Mais Otgar, lui, avait une bonne raison puisque son fils a été tué par un des fils de Charlemagne.

    Pour couvrir la dame de trèfle, il faudrait absolument retourner Lahire ou Hector, les valets de cœur et de carreau. Le vieil homme s'apprête à retourner un nouvelle carte et au moment où il la touche, il ressent une violente douleur. Il se tourne vers sa compagne assise près de lui et dit 'j'ai mal au dos"... et il s'effondre sur ses cartes.

     

    Dans son livre, "OUI. Mais quelle est la question ?", Bernard Pivot s'est beaucoup interrogé sur la nature de cette dernière carte. C'est d'ailleurs sa réflexion  qui m'a inspiré ce petit texte. Et comme Pivot, nous ne saurons jamais qu'elle carte a touché le général De Gaulle juste avant de son départ.

    C'était le 9 novembre 1970, voilà exactement 48 ans.


    2 commentaires
  •  

    Il y a les Oscars, les Césars mais connaissez-vous les Lascars ?

     


    2 commentaires
  •  

     

     

     

     

     

     

     

    Je suis malade, un virus méconnu

    S'immisce en moi, me ronge et me dévore ;

    Je brûle alors que je suis presque nu ;

    Quarante et un ! La fièvre monte encore !

     

    Serais-je fou ? Car à certains moments

    Mon delirium construit des utopies :

    Je crois entendre au loin les hurlements

    D'un loup, pareils aux plaintes des harpies.

     

    Le papier peint qui tapisse les murs

    A des dessins d'où sourdent les images

    Des eaux du Styx et sur ses bords obscurs

    Je vois mourir d'éphémères visages.

     

    Si je m'endors, de nocturnes terreurs

    Naissent alors, envahissent mes songes,

    Monstres hideux, assassins, éventreurs,

    Je ne sais plus s'ils sont vrais ou mensonges.

     

    Heureusement, je suis à l'hôpital,

    Près de mon lit, une garde me veille,

    Par sa présence, elle a guéri mon mal :

    Ce bel ange est une pure merveille.


    6 commentaires
  •  

     

     

     

     

    Antoine a revêtu son vieil habit de deuil

    Et pour se protéger de la bise frisquette,

    Il a mis une écharpe et baissé sa casquette

    Sur son front pour cacher qu'il a la larme à l'œil.

     

    Oui, car c'est aujourd'hui qu'on enterre l'Auguste,

    Aujourd'hui que finit le voyage au long cours

    Avec son grand ami, son copain de toujours ;

    Ensemble, ils ont lutté pour un monde plus juste.

     

    En mai soixante-huit, à Nanterre, à Paris,

    A tue-tête, ils chantaient " C'est la lutte finale "

    Et Dieu sait s'ils croyaient en l'Internationale !

    Sur des jours bien meilleurs, ils prenaient des paris.

     

    Quand les plus endiablés redevinrent dociles

    Et que la vie reprit son train-train, comme avant,

    Ils se sont demandés si tout n'était que vent,

    Si leurs engagements étaient vraiment utiles.

     

    Alors, désabusés, ils sont partis à deux

    Pour faire le baroud aux quatre coins du monde,

    Recherchant les pays où la révolte gronde,

    Multipliant par jeu les exploits dangereux.

     

    Action délicate, ou  combat, rien à faire,

    La mort ne voulait pas de ces deux casse-cous,

    Et c'est finalement  une vilaine toux,

    Un banal mal d'enfant, qui mit Auguste en terre.

     

    Antoine ne sait pas ce qu'il fera sans lui ;

    Non, plus rien ne pourra le sauver du naufrage,

    Il se sent affaibli, sans force ni courage,

    Et ses jours à venir seront remplis d'ennui.


    4 commentaires



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires