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    Je repense souvent aux immenses cargos

    Qui mouillaient autrefois aux quais de Saint-Nazaire,

    Ils avaient à mes yeux ce parfum de mystère

    Sentant bon le Brésil, la Chine ou le Congo.

     

    J'étais si jeune alors, égaré dans mon rêve ;

    Je suivais les marins quand ils quittaient leur bord,

    Pour entrer en riant dans les bordels du port

    Croquer à belles dents les fruits des filles d'Ève.

     

    Comme j'aurais aimé bourlinguer sur les mers,

    Voir le ciel se franger d'aurores boréales,

    Attraper les oiseaux des forêts tropicales,

    Et, tel un cap-hornier, triompher des enfers.

     

    Même encore aujourd'hui, mon esprit vagabonde,

    Souvent mon regard suit, par-delà l'horizon,

    Les bateaux des Colas, Tabarly, Kersauson...

    Ô  que n'ai-je comme eux bouclé le tour du monde !

     

    Ce ne fut pas possible... ou je n'ai pas osé...

    J'ai dû me contenter d'écouter leur histoire

    Que racontaient les vents, honorant leur mémoire,

    Qu'ils soient les froids Noroîts ou les doux Alizés.

     

    Il m'a fallu ranger mes rêves de conquête,

    Je ne suis pas marin, même pas batelier,

    Je dois vous l'avouer : mon unique voilier

    N'a connu que l'étang de Marnes-la-Coquette.


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    Ce jour-là, nous étions deux cents, peut-être trois,

    A marcher en chantant sur les Champs Élysées,

    Le vent accentuait l'impression de froid,

    Nos jeunes chairs étaient insensibilisées.

     

    Quelques instants avant que ne sonne midi,

    La radio nous apprit qu'un corps de CRS

    Arrivait devant nous. Nous avons dit : « Pardi,

    Allons-y bravement, lentement ! Rien ne presse. »

     

    Mais quand on les a vus au bout de l'avenue,

    Comme ils n'étaient pas là pour visiter Paris,

    Ni pour nous souhaiter à tous la bienvenue,

    Je peux vous assurer que nous n'avons pas ri.

     

    Face à nous, le rapport n'était pas équitable :

    Un mur de boucliers cachait des diables noirs,

    Pourtant, l'affrontement était inévitable,

    On lançait des pavés arrachés aux trottoirs.

     

    Non, ce n'a pas été que de longues foucades,

    Bien sûr, le sang coulait au fond du caniveau,

    Bien sûr, il a fallu dresser des barricades

    Mais le jour s'est levé sur un monde nouveau.


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    Le ciel et l'océan paraissaient si sereins

    Quand, au loin, elle vit disparaître les voiles,

    Pourtant son cœur saignait, lourd de mille chagrins,

    Puisque tel est le sort des femmes de marins

    Lorsqu'ils quittent le port guidés par les étoiles.

     

    Elle aurait tant aimé le suivre sur les mers

    Pour aller s'assurer que la terre est bien ronde,

    Naviguer avec lui vers d'autres univers,

    Fouler le sable blanc des rivages déserts

    Et faire entre ses bras le tour du vaste monde.

     

    Va-t-il trouver là-bas  un nouveau continent ?

    Découvrir la splendeur de nouveaux paysages ?

    Mais elle fait parfois un rêve consternant,

    Sombre pressentiment qui lui glace le sang :

    Elle ne peut chasser la crainte des naufrages.

     

    Beatriz Enriquez sait que, dorénavant,

    Il faut se raisonner et se montrer plus forte.

    Mais quand l'ombre s'allonge, on peut la voir, souvent,

    S'avancer sur l'estran pour confier au vent

    Les cris de son amour afin qu'il les lui porte.

     

    _____________________

    Beatriz Enriquez de Arana fut la maîtresse de Christophe Colomb.

    Elle lui a donné un fils, Fernando, en 1488.


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    Oh, je te sens si triste... et j'en sais les raisons,

    Un Don Juan stupide a profané ton rêve,

    D'une fleur trop candide, il a souillé la sève,

    De là, ta méfiance... Ô viles trahisons !

     

    Sache qu'avec le temps, de tout, nous guérissons,

    Que de pareil dommage, un jour on se relève ;

    Sache aussi qu'en secret, je pense à toi sans trêve 

    Et que je peux t'aimer de bien d'autres façons.

     

    Je t'apprendrai l'oubli d'une rancune infâme

    Lorsque tu m'ouvriras les portes de ton âme,

    Alors,  il faut oser, ne jamais avoir peur.

     

    Oui, je t'entourerai de coussins de tendresse

    Enjolivés de mots doux comme une caresse

    Pour toi les enserrer dans l'écrin de ton cœur.

     


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    Phébus s'en est allé, l'hiver revient, Manon,

    Le soleil ne luit plus sur ta belle Provence,

    S'endorment dans leur lit, le Rhône et la Durance,

    La vendange est finie au clos de Pibarnon.

     

    Lorsque je t'emmenais, tu ne disais pas non,

    Courant dans la lavande, on riait à l'avance,

    Le ciel s'illuminait de ta seule présence...

    Nous ne dormirons plus au fond d'un cabanon.

     

    On entendait parfois, au loin, braire un ânon

    Et le chant des cigales emplissait le silence,

    Le doux vent de Mistral nous contait sa romance...

    Mais nous ne verrons plus, des vers, le lumignon.

     

    Non, je ne serai plus ton galant compagnon,

    Demain, je dois partir. Mon Dieu, quelle souffrance !

    Et je crains que mon cœur meure de ton absence ;

    Nous ne danserons plus sur le pont d'Avignon.

     

     

     

     

     


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