• Ne jamais perdre son Temps

     

    Il régnait dans cette pièce une atmosphère étrange. Le silence semblait palpable, presque solide et elle baignait dans une lumière légèrement bleutée. Pourtant, Alexis n'arrivait pas à déterminer d'où elle émanait : aucune fenêtre, aucune source lumineuse. En outre, il n'y avait pas d'ombre portée autour de lui ! On aurait dit que la lumière sortait de partout... et de nulle part à la fois. Plus étonnant encore, le sol était fait de vingt-cinq dalles de verre, carrées, les unes transparentes, les autres bleues et opaques, le tout formant un damier de cinq sur cinq. Les murs étaient pareils au sol — ce qui fait que la pièce était parfaitement cubique — si ce n'est que les dalles transparentes étaient cette fois d'un blanc laiteux et que sur une des parois manquaient deux dalles, le trou laissé par elles marquait le point de départ d'un long couloir. Quant au plafond, il dessinait un carré blanc. En regardant au travers des dalles transparentes, Alexis constata qu'il y avait en dessous une pièce parfaitement identique à celle où il se trouvait.

    Comment était-il arrivé là ? Il réalisa tout-à-coup qu'il n'en savait rien. C'était comme s'il se réveillait soudain d'un long sommeil et qu'il se trouvait dans une chambre inconnue. Et au moment précis où il pensait cela, sa montre émit un tic-tic-tic : c'était l'heure à laquelle il se levait habituellement le matin. Il était donc six heures. Mais il s'aperçut qu'il était tout habillé, il ne sortait donc pas de son lit. Quoique perturbé par cette situation étrange, il éprouva une satisfaction en constatant qu'il gardait malgré tout ses facultés de déduction. Il rassembla son courage et, comme il n'y avait qu'une issue possible, son choix fut vite fait. Il décida d'explorer le couloir qui s'ouvrait devant lui. La même lumière bleuâtre l'éclairait ; il était parfaitement rectiligne et, très loin, Alexis sembla distinguer une sortie. Il s'engagea donc résolument dans le tunnel et marcha d'un pas régulier, ni trop lent, ni trop rapide afin de ménager ses forces car il ignorait le temps qu'il mettrait pour atteindre la sortie. Il avait l'impression de ne pas avancer entre ces murs parfaitement uniformes et la sortie ne semblait pas se rapprocher. Il avait regardé sa montre à six heures trente, sept heures, sept heures trente... et il lui semblait être toujours au même endroit. Finalement, il se força à ne plus regarder l'heure avant d'être arrivé et avança comme un automate.

    Il parvint enfin à l'autre bout du couloir.  Après un instant de soulagement, il fut forcé de constater qu'il avait débouché dans une pièce en tous points identique à celle qu'il avait quittée... trois heures et demie auparavant : sa montre indiquait neuf heures trente !

    Il avait besoin de réfléchir et surtout de se reposer. Il se laissa glisser le long d'un mur et s'assoupit presque aussitôt.

    Tout-à-coup, Alexis fut réveillé par un bruit de galopade qui venait du couloir. Et quelques secondes plus tard, il vit un lapin blanc entrer en courant dans la pièce. Il était en jaquette, tenait un parapluie et une énorme montre à gousset était suspendue par une chaîne à son cou. Il répétait constamment :

    — J'ai perdu mon temps ! J'ai perdu mon temps !

    Voyant Alexis, il lui demanda :

    — Auriez-vous l'heure, s'il-vous-plaît ?

    Surpris, Alexis dit :

    — Mais... n'êtes-vous pas le Lapin d'Alice ?

    Sans répondre, le Lapin redemanda :

    — Auriez-vous l'heure, s'il-vous-plaît ?

    — Regardez donc à votre montre !

    — Je vous dis que j'ai perdu mon temps.

    — Je ne vois pas le rapport.

    — Vous ne voyez pas que ma montre n'a plus d'aiguilles !

    Et de colère, il arrache sa montre et la jette à terre.

    — Oh ! excusez-moi, dit Alexis, il y a un instant, il était neuf heures trente.

    — Oh lala ! Je suis très en retard, je dois me dépêcher de porter le courrier de la Reine de Cœur.

    Et, reprenant sa course, il se précipita vers le couloir par lequel il était venu.

    — Pourriez-vous m'indiquer la sortie ? cria Alexis.

    Mais, trop tard, le Lapin avait disparu.

    C'était sûrement un rêve, se dit le garçon. Il se frotta les yeux, inspira profondément pour reprendre ses esprits et... vit sur le sol les débris de la montre : il n'avait donc pas rêvé ! Ou alors, il commençait à perdre la raison.

    Alexis tâtonna le long des murs dans l'espoir de découvrir un passage secret, mais en vain. Il n'y avait donc pas d'autre solution que de retourner dans la pièce de départ. Il regarda sa montre — il était dix heures quinze — et se mit donc en route. S'il pressait le pas, il calcula qu'il devait être revenu à son point de départ vers treize heures. Le trajet de retour lui sembla effectivement plus court qu'à l'aller. Et quand il sortit du couloir, il regarda sa montre et constata qu'il était... six heures du matin ! Non seulement il avait fait le chemin dans l'autre sens, mais le temps s'était aussi écoulé à l'envers  !

     

    (lire la suite)

     

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Dimanche 24 Mars à 08:12

    Bonjour Edgard,

    Cela change de tes poèmes.

    Une histoire, un conte, un rêve, une mort, on ne sait pas encore..........

    Bon dimanche Edgard.

    2
    Ed
    Dimanche 24 Mars à 09:09

    J'ai essayé de renouer avec l'art du feuilleton, comme au XIXe siècle.

    La suite viendra à la même cadence que tes défis. Patience.

    Bon dimanche Ghislaine.

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