• Dialogue (en décasyllabes 4/6)

     

                                              Mieux vaut viser Rimbaud ou La Bruyère

                                              et rester loin derrière

                                              que viser Bordeaux ou Feuillet ou Sartre ou Eugène Sue

                                              et risquer de les atteindre

                                                                                                 Jean d'Ormesson

     

     

    Ghislaine :

     

    Allons, Edgard, voyons ! Fais un effort,

    Huit petits mots ! Est-ce si difficile !

    Moi qui croyais — peut-être avais-je tort —

    Que dans ce jeu, tu serais plus habile !

     

     

    Edgard :

     

    J'ai beau chercher, me torturer l'esprit,

    Et m'incliner longuement sur ma planche ;

    Non ! C'est en vain car je n'ai rien écrit,

    Pas un seul vers, ma feuille reste blanche ! 

    J'ai beau lutter, me battre avec tes mots,

    Contre le sort, sans faiblir, je m'escrime ;

    Ma muse est sourde à mes tristes sanglots

    Et plus jamais ne me souffle une rime.

     

     

    Ghislaine :

     

    Que voudrais-tu ? Que je verse des pleurs ?

    Que je te plaigne ou que je te fustige ?

     

     

    Edgard :

     

    Oh ! ne ris pas surtout de mes malheurs !

    Je fis jadis de la haute voltige ;

    J'ai composé plus d'un alexandrin

    Pour conquérir le cœur des demoiselles,

    Et, bien souvent, les posais dans l'écrin

    Des plis soyeux des robes de dentelles.

     

     

    Ghislaine :

     

    Hé là ! Edgard ! Le passé... c'est passé !

    Pour moi, tu sais que seul l'avenir compte.

    A t'écouter, tu sembles dépassé

    Par le présent ! N'as-tu pas un peu honte ?

     

     

    Edgard :

     

    Oh, j'aimerais t'écrire un madrigal,

    Rien qu'une strophe, et te l'aurais offerte,

    Mes quelques vers, poème bien banal,

    Seraient entrés par ta porte entr'ouverte ;

    Je t'aurais dit : « Tes yeux sont des diamants

    Dont les éclairs éclipsent les étoiles,

    Et ton regard me fait mille serments,

    Tendres aveux de promesses sans voiles.

    Oh ! j'aimerais savoir, rien qu'une fois,

    Peindre les fleurs naissant dans ton sourire

    Et le velours chatoyant de ta voix

    Plus précieux que l'air que je respire. »

    Mais à présent, je suis devenu vieux,

    De l'art du flirt, je n'en ai plus les bases,

    Alors, vois-tu, je pense qu'il est mieux

    De te quitter avant que tu m'embrases !


  • Commentaires

    1
    Dimanche 29 Septembre à 18:52

    Excellent de dialogue avec notre Ghislaine happy

    Bises et bon dimanche

     

      • Ed
        Dimanche 29 Septembre à 19:18

        Bonne soirée de dimanche à toi aussi

    2
    Dimanche 29 Septembre à 20:35

    Que voilà bien des vers qui prouvent que tu n'as pas perdu l'art de courtiser Ed.......

    Merci de cette sublime participation dont les mots sont puissants, mêlés a une tendresse

    que j' apprécie ! Comme une force dans un gant de velours qui me caresse la joue.

    Allez , tu le mérites ce petit bisou Edgard.............♥♥♥

      • Ed
        Lundi 30 Septembre à 10:24

        Waouh ! un bisou !

        Alors j'essaierai de faire encore mieux la prochaine fois ! 

    3
    Lundi 30 Septembre à 17:21
    Renée

    Super ce dialogue avec l'instigatrice de ce défi une très bonne idée en plus. Bravo

      • Ed
        Lundi 30 Septembre à 19:15

        Merci Renée.

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