• Cyber-Robin

     

    Il était presque trois heures du matin quand Robin referma son ordinateur, satisfait de sa soirée car il venait de "cracker" son vingtième compte.

    Tout avait commencé à Noël, six mois plus tôt. Robin travaillait dans le service de la P.A.C.C (police-anti-cyber-criminalité). Ancien "hacker" — une faute de jeunesse —, comme aucune DB (base de données) ne lui résistait, il avait décidé de revenir dans le droit chemin en mettant ses compétences informatiques au service du bon droit. Son travail consistait à pister la fuite des capitaux vers les paradis fiscaux. Depuis deux ans qu'il avait rejoint l'équipe des "traceurs", sa pêche totalisait plus de deux cents poissons, dont une bonne vingtaine de très gros.

    Début novembre, il avait ferré un véritable requin qui nageait dans des eaux politiciennes pas très claires. Après plusieurs semaines de traque, il était enfin arrivé à pénétrer dans ses comptes au Bahamas et avait immédiatement mis ses chefs au courant. Dès le lendemain, il avait reçu de la "Haute Autorité" l'ordre de ne pas poursuivre sa chasse et de mettre ce dossier en quarantaine, ce qui signifiait qu'il serait classé sans suite. Sa première réaction avait été de se rebeller mais il avait alors subi des pressions le menaçant de le congédier. Ayant très vite compris qu'il était inutile d'insister, Robin s'était plié aux exigences, ou tout au moins en avait donné l'apparence. A partir de ce moment-là, il avait été pris d'un doute : n'y avait-il pas eu d'autres cas de mise en quarantaine ?

    Quand une enquête était achevée, les "traceurs" devaient transmettre leurs fichiers à leurs supérieurs et détruire les originaux qui se trouvaient sur leur disque dur. Les fichiers transmis étaient alors stockés dans une BHS (Base hyper-sécurisée) et seuls quelques hauts responsables y avaient accès.

    Le jour de Noël, le Hasard fit son œuvre : Robin était allé rechercher Anaïs à l'aéroport. Sa sœur cadette était de retour d'un voyage au Maroc. La jeune femme portait une veste en cuir qu'elle avait acheté juste avant le départ. "Contrefaçon !" avaient déclaré les douaniers. La veste avait été confisquée et elle risquait une amende. C'est en pleurs qu'Anaïs était venue se jeter dans les bras de son frère.

    Ce fut l'élément décisif. Le soir même, Robin décida de "cracker" la BHS — un simple jeu d'enfant pour lui — et, comme il s'y attendait, nombre de ses dossiers relatifs à des personnages influents avaient été mis en quarantaine ! Robin était écœuré.

     

    Que faire ? C'est alors que lui vint l'Idée, avec un grand I. Puisqu'il s'appelait Robin, il allait se montrer digne de son homonyme : Robin de Sherwood. Il allait prendre aux riches fraudeurs pour donner aux nécessiteux !

     

    Et ce soir, il venait de terminer son vingtième transfert de fonds.

    Le lendemain, on pouvait lire dans les journaux :

    « Un  riche industriel, sous le couvert d'anonymat, a fait un don d'un million d'euros pour la recherche contre le cancer ».

    Il était évidemment impossible à ce donateur anonyme de se rétracter, mais dans les heures qui suivirent, l'Élysée prit contact avec le directeur de la P.A.C.C. l'invitant à mettre son meilleur limier sur la piste du "hacker" qui avait commis ce crime de lèse-majesté.

    Quelques jours plus tard, le limier Robin dut avouer son incapacité à résoudre le problème : toutes les traces de l'opération avaient été effacées ! Inutile de préciser que dans les hautes sphères de la P.A.C.C. s'était la déroute...

     


  • Commentaires

    1
    Samedi 22 Juin à 12:51

    Bonjour Ed

    Tous les mots y sont ! 

    C'est vrai que parfois c'est rageant de voir que lorsque tu fais tout dans les règles, tu n'en as aucune reconnaissances et que tous ces requins se remplissent les poches, et souvent ce sont nos décideurs !! Mais tout se sait un jour, il a toujours quelque part quelqu'un qui mettra à jour ces malhonnêtes qui s'enrichissent sur notre dos !!

    Merci Ed pour cette nouvelle policière !! Bravo

    2
    Mardi 25 Juin à 02:30
    colettedc

    Défi magnifiquement relevé, Edgard ! Bravo !

    3
    Vendredi 28 Juin à 11:53

    Merci à vous, Ghislaine et Colette, d'être passées me voir.

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